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Chrystiane Charles,

née Sigmund, naît à Pantin le 2 août 1927.

Formée à la sculpture aux Beaux-Arts, elle fait entrer dans la maison Charles le regard d’une sculptrice. Nourrie par l’observation de la nature et par ses voyages, son œuvre laisse au catalogue plus de trois cents modèles.

Une femme dans les ateliers de sculpture

Chrystiane appartient à la première génération de femmes formées directement dans les ateliers mixtes de sculpture des Beaux Arts de Paris : si l’école accueille des femmes depuis 1897, les ateliers de sculpture ne deviennent mixtes qu’en 1934.

Ses parents s’opposant alors à des études artistiques, elle brave l’interdit, dérobe le livret de famille et s’y inscrit en 1947, à la sortie de la guerre. Elle en sortira médaillée d’or en sculpture.

Apprendre le volume

Elle se forme auprès de Marcel Gimond, portraitiste de la lignée de Maillol, d’Alfred Janniot, auteur des bas-reliefs du palais de la Porte Dorée et du palais de Tokyo et de Georges Saupique, statuaire monumental. Elle apprend auprès d’eux le modelé, la lecture du volume à grande échelle et la discipline du plâtre, qu’elle transposera plus tard dans l’objet. Elle étudie aux cotés de l'artiste César qui deviendra un ami proche.

Une histoire d'amour sur les bancs de l'école

C’est aux Beaux-Arts qu’elle rencontre Jean Charles, petit-fils du fondateur de la maison. Sorti premier de l’École Boulle en 1946, en sculpture sur bois et ameublement, il entre l’année suivante dans les ateliers de Gimond et de Janniot, où ils se forment côte à côte. Ils se marient en 1949. Leurs enfants, Marie-Joëlle, née en 1951, et Laurent, né en 1953, grandissent dans un foyer où la création est une affaire quotidienne.

Zazous dans leur jeunesse, Jean et Chrystiane partagent le goût du jazz et fréquentent le Caveau de la Huchette. À Noël, ils construisent pour leurs enfants des décors grandeur nature. Ils reçoivent chez eux leurs amis architectes, peintres et sculpteurs, dont César et Dalí. Leur fille garde le souvenir d’une femme extravertie, pleine d’humour, dont le sens de la composition s’exerçait jusque dans l’agencement de la maison.

À l’atelier, aux côtés de Jean

En 1959, Chrystiane entre dans la maison Charles, l’année même où Jean et son frère Jacques rejoignent leur père Émile-Albert. En 1964, Jean tombe malade d’une sclérose en plaques fulgurante et perd rapidement l’usage de ses mains. Chrystiane sculpte alors pour lui ; à l’atelier, elle devient ses mains.

À sa mort, en 1971, elle prend la présidence et la direction artistique de la maison. L’année suivante, elle présente la collection « Charles sculpte la lumière » : des lampes-sculptures signées et numérotées, contemporaines dans leur expression et inspirées de la nature. Amaryllis, Alizée, Orchidée et Tulipes en font partie. En numérotant ces luminaires, elle transpose au bronze la logique de l’édition et affirme le statut de chaque pièce.

La nature comme répertoire

Son répertoire procède de l’observation. Graines de pavot, feuilles de nénuphar, papyrus, corail, bambou, iris, fougères, tournesols : chaque motif est étudié avant d’être modelé. Elle voyage beaucoup, au Japon, au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Guadeloupe... et en rapporte par dizaines fleurs, feuilles, coquillages et fragments, que sa fille retrouvera à sa mort pressés dans ses livres.

Petite femme au caractère bien trempé, Chrystiane dessine sans relâche sur tout ce qui lui passe entre les mains et travaille dans une blouse de ciseleur trop grande pour elle. Elle conduit chaque pièce du dessin à la maquette de plâtre, puis au bronze, avec les artisans de la maison, et travaille à toutes les échelles. Elle signe plus de trois cents modèles.

La lampe-sculpture, sa signature

Les distinctions reçues par les lampes Feuille d’eau en 1978 et Orchidée en 1981 consacrent la voie ouverte par Chrystiane : faire du luminaire une sculpture, dont la forme porte elle-même la lumière.

En 1982, elle transmet la présidence à son fils Laurent, tout en poursuivant son travail de création. En 1990, elle crée Ginkgo, dont la feuille ciselée deviendra l’emblème botanique de la maison.

Chrystiane reçoit les insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite en 1997. Elle meurt en 2013. Ses créations comptent aujourd’hui parmi les plus recherchées du catalogue, et le luminaire conçu comme une sculpture reste au cœur du répertoire Charles.