Retour

Jean Charles,

Jean Charles naît le 4 janvier 1928. Il est le petit-fils d’Ernest Charles, bronzier, fondateur de la maison en 1908, et le fils cadet d’Émile Charles, bronzier lui aussi, qui la dirige depuis le début des années 1920 ; son frère Jacques a deux ans de plus que lui. Il entre à l’École Boulle en 1942, à quatorze ans, en pleine Occupation, et y suit quatre années de sculpture sur bois, de construction de meubles, d’ameublement et de décoration. Il en sort en 1946 premier de sa promotion. Il a la main et il a l’œil ; il sait qu’il rejoindra la maison familiale.

À la rentrée 1946, il s’inscrit à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, dans les ateliers de sculpture de Marcel Gimond et d’Alfred Janniot, créés l’année précédente, à la Libération. Il passe ainsi de l’ébénisterie à la statuaire, du bois au modelé. C’est là qu’il rencontre Chrystiane Sigmund, jeune sculptrice formée dans les mêmes ateliers et auprès de Georges Saupique, qui en sortira médaille d’or.

Entre-temps, il voyage. De 1947 à 1948, il passe dix mois en Suède, en Norvège et en Finlande, au moment où le design scandinave s’impose comme modèle européen. Il visite les ateliers de Nordiska Kompaniet à Stockholm et ceux d’Artek, la maison fondée par Alvar et Aino Aalto, étudie la technique du bois plié et moulé et l’organisation du travail dans les grandes usines, et travaille deux mois en Finlande dans la fabrique de meubles d’Ilmari Tapiovaara. De retour à Paris fin 1948, il passe deux mois chez Marcel Gascoin, qui dessine alors le mobilier en série de la Reconstruction, puis accomplit son service militaire à Épinal. En décembre 1949, il épouse Chrystiane. De 1949 à 1952, il travaille en mécanique générale et de précision dans les usines de métallurgie de son beau-père. À vingt-quatre ans, il a traversé l’ébénisterie, la sculpture, l’industrie du meuble et celle du métal : la formation complète d’un éditeur de bronze.

Leurs enfants, Marie-Joëlle et Laurent naissent au début des années 50. Zazous dans leur jeunesse, Jean et Chrystiane s'aiment passionément. Ils partagent le goût du jazz et fréquentent le Caveau de la Huchette. À Noël, ils construisent pour leurs enfants des décors grandeur nature. Ils reçoivent chez eux leurs amis architectes, peintres et sculpteurs, dont César et Dalí.

En 1959, Jean rejoint la maison Charles aux côtés de son frère Jacques, diplômé des Arts appliqués en architecture d’intérieur ; Chrystiane y entre la même année. Leur arrivée marque le début du « style Charles », ce moment précis où la maison quitte la reproduction du luminaire ancien pour passer à l’édition de modèles signés. En 1960, la famille reprend la maison Fargette et s’installe rue du Parc-Royal, dans le Marais.

Jean dessine plusieurs des pièces restées centrales au canon de la maison : l’Ananas, la Bateau, la Lotus, l’Épi de maïs. Dans chacune, la lecture volumétrique d’une forme naturelle, rassemblée dans le laiton ou le bronze ciselé, devient le registre éditorial d’un nom qui va s’imposer. Sa lampe Stockholm, dessinée dans les années 1950, porte le nom de la ville où son voyage d’études l’avait conduit dix ans plus tôt ; elle sera produite pendant les décennies suivantes et recevra en 1992, quarante ans après son dessin, une Mention spéciale posthume à la Lampe d’or de la création du Salon international du luminaire.

En 1964, Jean tombe gravement malade d’une sclérose en plaques et perd progressivement l’usage de ses membres. Chrystiane sculpte pour lui ; à l’atelier, elle devient ses mains. Il meurt en février 1971, à quarante-trois ans. Jacques le suit en novembre 1972, Émile en novembre 1973 : trois figures de la maison emportées en moins de trois ans. Chrystiane en prend alors la présidence et la direction artistique, en portant la mémoire de ce qu’ils avaient tracé ensemble.