

Laurent Charles, fils de Jean et Chrystiane, naît en 1953, deux ans et demi après sa sœur Marie-Joëlle. Enfants, ils partagent la même chambre dans le petit appartement familial de la rue Denis-Poisson, dans le 17ᵉ arrondissement. La création y fait partie de la vie quotidienne : leur père, Jean, les emmène chaque week-end aux Puces et au Village suisse ; à Noël, leurs parents transforment la maison en décors grandeur nature. Architectes, peintres et artistes fréquentent le foyer. Jean et Chrystiane, qui ont été zazous dans leur jeunesse, leur transmettent aussi leur goût du jazz, notamment de Louis Armstrong. Marie-Joëlle se souvient de Laurent comme d’un garçon fin, subtil, ambitieux et doté, comme tous les Charles, d’un grand sens de l’humour.
Bon élève, encouragé par ses parents, Laurent suit les cours Atmer et fréquente l’école Franklin. En 1962, il passe une année en Allemagne. Il poursuit ensuite ses études à l’École d’architecture des Beaux-Arts. L’architecture lui donne une manière de penser les formes dans l’espace, qui nourrira tout son travail créatif pour la maison. En 1964, son père tombe malade d’une sclérose en plaques. À la fin de sa vie, Laurent partage sa chambre avec lui, ce qui le marque profondément. Jean meurt en 1971, à quarante-trois ans.
En 1982, Laurent rejoint la maison familiale, dont sa mère, Chrystiane, assure la présidence et la direction artistique depuis la mort de Jean. Il en devient directeur général et incarne la quatrième génération de Charles, après Ernest, Émile-Albert, puis Jean, Jacques et Chrystiane. Architecte de formation, il apporte au catalogue un vocabulaire plus géométrique et graphique, marqué par son goût pour l’Art déco.
Parmi les premiers modèles qu’il dessine figurent Athos, Archeo, Ténéré, Quasar et Linéa. Le bronze y accompagne des lignes précises et des volumes construits, dans une approche où la lumière et l’espace comptent autant que l’objet lui-même. Laurent étend ensuite ce langage à de nombreuses pièces, dont Colonne Chapiteau, Liverpool, Lorenzo, Parnasse, Torchère Moderne, Kuneus et Tonneau. Avec Corolle, il reprend un motif créé par son oncle Jacques Charles. Il dessine pour la maison jusqu’à sa mort, en 2011, et veille pendant près de trente ans à la cohérence de son répertoire.