Le Bronze à Travers les Âges

Cinq mille ans d'une matière qui traverse le temps

Le Bronze à Travers les Âges

Le bronze est une invention vieille de cinq mille ans, et les gestes qui le travaillent aujourd’hui chez Charles sont les mêmes que ceux des fondeurs de Mésopotamie, des bronziers de la Chine des Shang et des ateliers de Donatello et de Thomire. Au fil des millénaires, il a porté pour la planète entière les dieux et les cloches, les portes des cathédrales, les candélabres des palais, les sculptures, les vases et les monnaies. Et depuis 1908, il est le cœur battant du savoir-faire et des créations de la maison Charles.

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Les Origines

Vers 3300 avant notre ère, dans les ateliers de Mésopotamie, puis au fil des siècles dans ceux de la vallée de l’Indus et du bassin oriental de la Méditerranée, les métallurgistes associent le cuivre à l’étain - deux métaux modestes à l’état brut qui, fondus ensemble à haute…

Vers 3300 avant notre ère, dans les ateliers de Mésopotamie, puis au fil des siècles dans ceux de la vallée de l’Indus et du bassin oriental de la Méditerranée, les métallurgistes associent le cuivre à l’étain - deux métaux modestes à l’état brut qui, fondus ensemble à haute température, produisent quelque chose d'exceptionnel : une matière assez dure pour garder son tranchant, assez fluide une fois fondue pour épouser le moindre relief d'un moule, assez résistante pour traverser les siècles et survivre aux civilisations qui l’ont façonnée.

Une époque entière, l'Âge du Bronze, tire son nom de cette découverte fondamentale. Le bronze - dont le nom serait rattaché à la cité antique de Brundisium (Brindisi) en Italie, réputée pour sa production d'alliages et de miroirs en airain - devance le fer de près de quinze siècles.

Les premiers artefacts qui nous sont parvenus des temps anciens sont souvent cérémoniels avant d'être utiles : bracelets (comme ceux que l'on aperçoit ici, enfouis vers 1300 avant notre ère dans un vase découvert à Domloup, en Ille-et-Vilaine), vases à libation, haches rituelles, miroirs polis, figures votives... Dès ses premiers moments, le bronze est la matière de prédilection de ce qu'une civilisation choisit de préserver pour les générations futures : ses dieux, son histoire, sa mémoire.

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Anatomie d’un Alliage

Le bronze est, par convention, composé d'environ quatre-vingt-dix pour cent de cuivre et dix pour cent d'étain. Leur union crée un phénomène de renforcement microscopique fascinant : les atomes d'étain, plus grands, viennent bloquer le glissement des plans atomiques du cuivre. Le…

Le bronze est, par convention, composé d'environ quatre-vingt-dix pour cent de cuivre et dix pour cent d'étain. Leur union crée un phénomène de renforcement microscopique fascinant : les atomes d'étain, plus grands, viennent bloquer le glissement des plans atomiques du cuivre. Le résultat est un alliage nettement plus dur, résistant et tranchant que les deux métaux d'origine. Extrêmement fluide lors de la coulée il peut épouser les moindres anfractuosités, textures et irrégularités du moule comme les empreintes digitales ou les textures de peau.

Chaque ajustement des proportions des alliages modifie le comportement du métal : sa dureté, sa résonance, sa capacité à retenir le détail, sa réponse à l'air et au temps. Certaines compositions de bronze possèdent ainsi des qualités acoustiques remarquables. Lorsqu'il est frappé, il résonne avec une clarté et une longévité inégalées. C'est pourquoi, depuis des siècles, il est le métal privilégié de la fonderie des cloches.

Horlogerie, aérospatiale, ingénierie sous-marine... De la sculpture aux instruments de précision, le bronze se prête ainsi à des usages très différents, en conservant une même capacité à conjuguer résistance, précision et transformation.

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Une Matière Vivante

Le bronze est ainsi une matière vivante, dont la surface évolue au contact de l’air et du temps. Laissé à lui-même, il s’oxyde, fonce, se nuance de vert et se transforme. Travaillé par la main, il se laisse accompagner vers tous les registres : le brun chaud et profond d’une…

Le bronze est ainsi une matière vivante, dont la surface évolue au contact de l’air et du temps. Laissé à lui-même, il s’oxyde, fonce, se nuance de vert et se transforme. Travaillé par la main, il se laisse accompagner vers tous les registres : le brun chaud et profond d’une patine médaille, le doré pâle d’une dorure au mercure, le vert-de-gris, le presque-noir d’une finition brunie, l’éclat doux d’une surface argentée.

La patine relève à la fois de la chimie et d’une intention. Elle naît de la réaction du métal aux solutions appliquées, à la chaleur et au temps. L’artisan en conduit les étapes, doit savoir lire la couleur du métal chauffé, écouter la matière et sentir quand une surface est prête. Après avoir quitté l’atelier, le bronze reste en dialogue avec son environnement, il continue à répondre à ce qui l'entoure, lentement, au fil des décennies.

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Une Matière Pérenne

Le bronze est l’une des matières les plus intégralement recyclables qui soient. Il peut être refondu et coulé, encore et encore, sans perdre ses qualités. Cette pratique remonte à l’âge du Bronze : le cuivre et l’étain, rares en Europe, avaient trop de valeur pour être…

Le bronze est l’une des matières les plus intégralement recyclables qui soient. Il peut être refondu et coulé, encore et encore, sans perdre ses qualités. Cette pratique remonte à l’âge du Bronze : le cuivre et l’étain, rares en Europe, avaient trop de valeur pour être abandonnés. Les objets usés ou brisés retournaient au creuset ; au fil des siècles, le métal des statues, des monnaies, des cloches ou des canons a ainsi été refondu, repris et transformé. Certains bronzes contemporains portent ainsi en eux des atomes de cuivre extraits de la terre il y a plusieurs siècles, passés de fonte en fonte et d’objet en objet.

Dans les ateliers Charles, le bronze se travaille à l’échelle de la pièce, au rythme du geste et du savoir-faire. Il est conçu pour durer, non pas seulement quelques saisons ou quelques décennies, mais des générations. Son poids, sa chaleur, la manière dont il capte la lumière, la place qu’il prend dans une pièce : ces qualités sont intemporelles. Et dans une économie portée vers l’éphémère, il reste une matière d’héritage : choisir le bronze aujourd’hui, c’est choisir le temps long.

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Des Techniques Héritées de l'Antiquité

Les techniques du bronze d’art encore pratiquées aujourd’hui sont, pour certaines, plus anciennes que le bronze lui-même.

La cire perdue a près de six mille ans : les artisans employaient déjà ce procédé pour façonner le cuivre ou l’or. Les bijoux de la nécropole de Varna, en…

Les techniques du bronze d’art encore pratiquées aujourd’hui sont, pour certaines, plus anciennes que le bronze lui-même.

La cire perdue a près de six mille ans : les artisans employaient déjà ce procédé pour façonner le cuivre ou l’or. Les bijoux de la nécropole de Varna, en Bulgarie, remontent ainsi au Ve millénaire avant notre ère ; une amulette de cuivre découverte à Mehrgarh, dans la vallée de l’Indus, date d’environ 4000 avant notre ère. Puis vers le VIe siècle avant notre ère, les bronziers grecs donnent à la cire perdue une nouvelle échelle. En modelant une fine épaisseur de cire autour d’un noyau d’argile, ils peuvent couler des statues creuses, grandeur nature. Les Bronzes de Riace, visible ici, en sont l’un des témoignages les plus saisissants.

C'est aussi le cas de la technique des patines. Dès le Moyen Empire de l’Égypte ancienne, entre les XXIe et XVIIIe siècles avant notre ère, les ateliers produisent un « cuivre noir » (hmty-km) : un alliage enrichi d’un peu d’or ou d’argent, dont la surface, traitée aux sels de cuivre et à la chaleur, prend une couleur noire profonde sur laquelle se détachent des incrustations précieuses. C’est, à quatre mille ans de distance, le principe de la patine chimique.

Et le tour, lui aussi, compte parmi les plus anciens outils de l’artisan. Attesté dans l’Égypte antique dès le XIIIe siècle avant notre ère, il entre dans l’atelier du bronzier au premier âge du Fer, vers 800 avant notre ère.

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Le Bronze dans l'Histoire de l'Art

Peu de matières ont servi autant de registres de la création humaine. Le bronze a donné à la sculpture grecque et romaine ses figures debout et ses monuments équestres ; il a donné au Moyen Âge ses portes et ses cloches ; il a donné à la Renaissance italienne le David de…

Peu de matières ont servi autant de registres de la création humaine. Le bronze a donné à la sculpture grecque et romaine ses figures debout et ses monuments équestres ; il a donné au Moyen Âge ses portes et ses cloches ; il a donné à la Renaissance italienne le David de Donatello et le Persée de Cellini (en photo ci-contre). Dans la France du dix-huitième siècle, les grands bronziers d'ameublement - Caffieri, Gouthière, Thomire - ont élevé le bronze décoratif à un niveau de finesse qui reste encore une référence aujourd'hui, travaillant en dialogue étroit avec les ébénistes et les architectes pour produire les bronzes de mobilier, candélabres et pendules qui ont défini l'intérieur français. Le dix-neuvième siècle a donné au bronze le règne animal à travers Barye et les animaliers ; le vingtième lui a donné la main de Rodin, l'abstraction de Brancusi, les figures solitaires de Giacometti, la vulnérabilité monumentale de Louise Bourgeois. Du temple au salon, du salon au musée, le bronze a traversé toutes les échelles et tous les registres de l'histoire de l'art.

Chez Charles, il a servi l'imaginaire de Jean, Jacques, Chrystiane et Laurent, au fil du 20 eme siècle.

Cette histoire continue de s'écrire dans nos ateliers, à chaque pièce qui s'y crée.

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